Vendredi 16 octobre 2026

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Assemblées FMI–Banque mondiale de Bangkok : l'Afrique réclame des décaissements plus rapides

Sommet Bangkok
Sommet Bangkok

Entre promesses d'appui et lenteur des flux, les délégations africaines ont fait du rythme effectif des financements le fil rouge de leurs échanges avec les institutions de Bretton Woods. Elles repartent toutefois avec davantage d'engagements de principe que de décisions actées.

Bangkok a accueilli en octobre 2026 les Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et du Groupe de la Banque mondiale. Dans les couloirs du sommet, une question a dominé les rencontres bilatérales des délégations africaines : celle de la cadence réelle des décaissements. Les annonces de financement se succèdent, mais l'argent tarde encore à atteindre les projets qu'il doit servir. Le Cameroun a formellement plaidé pour une accélération des décaissements destinés au financement du développement. Le Mozambique, le Gabon, le Liberia et la Libye ont pour leur part multiplié les échanges de haut niveau avec les dirigeants des deux institutions.

L'écart persistant entre l'engagement et l'exécution

Pour les économies du continent, le décalage entre les volumes d'aide promis et leur absorption effective reste un sujet de préoccupation majeur. Les autorités camerounaises ont insisté sur l'urgence de fluidifier l'acheminement des ressources mobilisées en faveur des projets de croissance. Pour Yaoundé, un financement approuvé qui ne se traduit pas rapidement en liquidités opérationnelles perd une large part de son utilité.

Madagascar fournit une illustration chiffrée de ces lenteurs. Le 12 octobre 2026, le ministre malgache de l'Économie et des Finances, le Dr Ramiarison Herinjatovo Aimé, s'est entretenu avec le Dr Ndiamé Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l'Afrique orientale et australe. Les discussions ont fait apparaître un taux de décaissement d'environ 31 % sur l'exercice précédent. Ce niveau montre combien il reste difficile de convertir les approbations financières en ressources disponibles sur le terrain.

Face à ces goulets d'étranglement, la Banque mondiale a proposé un accompagnement technique. Il doit permettre de simplifier les procédures et de lever les blocages administratifs, fonciers et environnementaux qui freinent l'exécution des projets. L'institution a cependant posé une limite claire. La préparation du prochain appui budgétaire, sous la forme d'une opération d'appui aux politiques de développement (DPO), restera conditionnée par la qualité et la mise en œuvre effective des réformes structurelles. La facilitation technique ne se substitue donc pas à l'exigence de conditionnalité.

L'énergie et les mines, terrains privilégiés de la conditionnalité

Sur le plan sectoriel, le financement des infrastructures de base, et singulièrement de l'énergie, apparaît indissociable des exigences de gouvernance des bailleurs multilatéraux. Antananarivo a plaidé pour une accélération des investissements énergétiques, afin d'abaisser durablement les coûts de production de l'électricité. Plusieurs dossiers font l'objet d'une attention particulière :

le redressement et la gouvernance de la Jirama, la compagnie nationale d'électricité et d'eau ;

le projet hydroélectrique de Volobe, pour lequel la Société financière internationale (IFC) et la Banque mondiale ont réaffirmé leur intérêt, sans que le montage financier soit encore finalisé ;

la réforme du cadre minier, désignée comme un chantier prioritaire à consolider ;

la gestion des télécommunications et du Fonds d'entretien routier.

À ces impératifs structurels s'ajoute la pression climatique. Les autorités malgaches ont présenté un plan d'action gouvernemental face aux risques liés au phénomène El Niño, évalué provisoirement à 220 millions de dollars. Elles ont également demandé des conditions de crédit plus accessibles pour les entreprises sinistrées.

Une diplomatie financière intense, mais des résultats encore incertains

Au-delà des réformes sectorielles, les rencontres de haut niveau se sont enchaînées en marge du sommet thaïlandais. Le ministre mozambicain des Finances a été reçu par le directeur général adjoint du FMI, Bo Li, tout comme le gouverneur de la Banque centrale de Libye. Les délégations gabonaise et libérienne ont également pris part aux travaux des Assemblées.

Ces échanges traduisent la volonté affirmée des gouvernements africains de faire entendre leurs revendications financières, dans un contexte macroéconomique contraint. Le bilan reste toutefois à relativiser. Les éléments disponibles attestent surtout de négociations en cours et d'engagements de principe. Aucune révision des mécanismes de décaissement ni aucune annulation de dette n'a été actée à ce stade.

Bangkok aura donc surtout servi de tribune. Elle a permis de mettre au jour un malaise ancien : celui d'un continent qui obtient des financements sur le papier, mais peine à les voir se concrétiser à temps. Il reste à savoir si l'accompagnement technique promis suffira à réduire cet écart, ou si la conditionnalité continuera de ralentir le rythme.

Sources

  1. Mozambique Finance Minister meets IMF Deputy Managing Director Bo Li in Bangkok (CLUB OF MOZAMBIQUE)
  2. Ministry of Finance & Development Planning (MFDP Liberia)
  3. The Governor of the Central Bank of Libya meets with the Deputy Managing Director of the International Monetary Fund on the sidelines of the Annual Meetings. (وكالة الأنباء الليبية)
  4. Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale (Bangkok) (budget.gouv.ga)
  5. Afrique: Banque mondiale - Vers l'accélération des financements et le déblocage des grands projets (AllAfrica.com)
  6. Financement du développement : Le Cameroun plaide pour une accélération des décaissements à Bangkok (Minepat)

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