Dangote prend pied au Kenya : le milliardaire nigérian s'attaque à l'Afrique de l'Est
Aliko Dangote détient désormais 24,76 % de Kenya Pipeline Company (KPC), l'opérateur des oléoducs qui alimentent en carburant le Kenya et une bonne partie de l'Afrique de l'Est. Le milliardaire nigérian a payé environ 42,5 milliards de shillings, soit près de 327 millions de dollars.

Après le raffinage à Lagos, il met la main sur la distribution à l'autre bout du continent.
L'accord : 4,5 milliards d'actions en un seul bloc.
La transaction s'est faite le lundi 19 octobre à la Bourse de Nairobi, en une seule opération de gré à gré portant sur environ 4,5 milliards d'actions. L'acheteur n'était alors présenté que comme un « investisseur non identifié ».
C'est Aliko Dangote lui-même qui a levé le voile, le 21 octobre, au sommet Afrique du Financial Times à Londres : « Nous avons acheté 25 % de leur réseau d'oléoducs pour la distribution des produits pétroliers. » Il n'a pas précisé quelle société de son groupe détient les titres .
Les vendeurs sont des organismes publics kenyans qui avaient acheté lors de l'introduction en Bourse de KPC, début 2026 : le fonds national de sécurité sociale (NSSF), l'autorité des avoirs financiers non réclamés (UFAA) et des caisses de retraite publiques. Selon le député Ndindi Nyoro, les actions ont été cédées entre 9,02 et 9,36 shillings l'unité, à peine au-dessus du prix d'introduction de 9 shillings.
Un détail compte : 24,76 %, c'est juste sous le seuil de 25 % au-delà duquel l'Autorité des marchés de capitaux du Kenya aurait dû approuver l'opération.
La vitesse contre les majors
Selon le Business Daily de Nairobi, Dangote a pris de court des investisseurs concurrents, « en grande partie des majors pétrolières », en acceptant très vite l'offre des organismes publics vendeurs, pendant que les autres traînaient des pieds . Les noms de ces concurrents n'ont pas été rendus publics.
L'investissement rapporte dès maintenant. KPC est une entreprise rentable : sur l'exercice clos fin juin 2026, son bénéfice net a progressé de 13,1 %, à 11,58 milliards de shillings . Le Business Daily estime à environ 1,44 milliard de shillings les dividendes que Dangote pourrait toucher.
Pourquoi KPC : le robinet de l'Afrique de l'Est.
KPC exploite environ 1 342 kilomètres d'oléoducs qui transportent essence, diesel et kérosène depuis le port de Mombasa vers l'intérieur des terres. Sur son dernier exercice, l'entreprise a acheminé 10,61 milliards de litres de produits pétroliers.
Son influence dépasse largement le Kenya. Selon son directeur général, le réseau couvre environ 96 % des besoins en carburants raffinés de l'Ouganda, 77 % de ceux de l'est de la RDC et 71 % de ceux du Soudan du Sud. Qui contrôle KPC pèse donc sur l'approvisionnement de toute la région des Grands Lacs.
Actionnaire
Part du capital
État kenyan (Trésor et ministère de l'Énergie)
environ 35 %
Intérêts liés à Dangote
24,76 %
Uganda National Oil Company
environ 20,15 %
Voici les principaux actionnaires après la transaction du 19 octobre 2026.
Cette participation fait de Dangote l'un des premiers actionnaires de KPC, sans lui donner le contrôle opérationnel : son poids au conseil d'administration dépendra des accords de gouvernance, encore inconnus.
Le grand plan : 50 milliards de dollars d'ici 2030
Le pipeline kenyan n'est qu'une pièce d'un puzzle continental. Le groupe Dangote prévoit d'investir environ 50 milliards de dollars entre 2026 et 2030 dans un réseau de distribution de carburant (oléoducs, dépôts, routes d'approvisionnement) couvrant l'Afrique de l'Est, centrale et australe (Billionaires.Africa). « Nous sommes très offensifs sur ce point », a-t-il assumé à Londres.
Projet
Pays
Où en est-on ?
Raffinerie de Lagos, 650 000 barils/jour
Nigeria
En service ; introduction en Bourse jusqu'au 27 octobre
Raffinerie de Lamu, 700 000 barils/jour, 16 à 17 milliards $
Kenya
Première pierre le 30 septembre 2026, mise en service visée vers 2030
24,76 % de Kenya Pipeline Company
Kenya
Acquis le 19 octobre 2026
Route Djibouti–Addis-Abeba et dépôts
Éthiopie
En construction
Projet de distribution
Cameroun
Proche de la finalisation
Porte d'entrée vers l'Afrique australe
Namibie
Annoncé
Corridor de distribution
Zimbabwe, Zambie
Annoncé
La logique est simple : raffiner à grande échelle, puis tenir les tuyaux et les dépôts qui mènent jusqu'aux consommateurs. « De notre raffinerie à la Namibie, il n'y a qu'environ quatre jours de navigation », souligne Dangote. Le milliardaire présente ce projet comme un combat industriel : cesser d'« exporter nos emplois hors du continent et d'importer la pauvreté ».
Transparence, souveraineté, concurrence : les questions qui fâchent
Au Kenya, l'opération ne fait pas l'unanimité. Le député Ndindi Nyoro réclame la transparence : qui sont exactement les investisseurs ? Les organismes publics vendeurs ont-ils obtenu un juste prix ? Combien les frais de courtage ont-ils coûté ? Le président William Ruto défend au contraire une transaction qui montre, selon lui, la confiance des investisseurs dans le marché kenyan et attire des capitaux privés dans les infrastructures stratégiques.
Le sujet est aussi régional. L'Ouganda détient près de 20 % de KPC et a obtenu un droit de regard sur la nomination de son directeur général Kampala doit désormais composer avec un nouvel actionnaire de poids sur l'infrastructure qui fournit l'essentiel de son carburant.
Reste la question de la concurrence. Si la raffinerie de Lamu voit le jour, Dangote sera à la fois producteur de carburant et actionnaire de référence du réseau qui le transporte. Les distributeurs indépendants et les régulateurs de la région voudront savoir comment l'accès aux oléoducs restera ouvert à tous. Aucune règle spécifique n'a été annoncée à ce jour.
Ce qu'il faut surveiller
• L'identité de l'acheteur. Quelle société du groupe Dangote détient les titres, et demandera-t-elle des sièges au conseil d'administration de KPC ?
• La réaction du Parlement kenyan aux questions de Ndindi Nyoro sur le prix et la procédure de vente.
• L'introduction en Bourse de la raffinerie de Lagos, ouverte jusqu'au 27 octobre.
• Le calendrier de Lamu, qui conditionne l'intérêt stratégique du pipeline pour Dangote.
• L'objectif de groupe pour 2030, que Dangote promet de dévoiler en janvier.
En moins d'un mois, Dangote a posé la première pierre d'une raffinerie à Lamu et s'est offert un quart du principal réseau d'oléoducs d'Afrique de l'Est. Le continent voit naître un acteur capable de raffiner, transporter et vendre son propre carburant d'un océan à l'autre. Reste à savoir si cette puissance fera baisser les prix à la pompe, ou si elle remplacera une dépendance par une autre.
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