Mardi 20 octobre 2026

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ÉnergieDécryptage

Burundi : Anzana Electric s'engage sur 1,4 milliard $ pour désenclaver huit millions d'usagers

Le Burundi a confié la moitié de son réseau de distribution à Weza Power, filiale du groupe Anzana Electric, pour vingt-cinq ans. Un montage financier inédit sur le continent, censé ne pas alourdir la dette publique. Mais entre pénurie de devises, production insuffisante et habitat dispersé dans les collines, l'exécution s'annonce redoutable.

Une centrale au Burundi
Une centrale au Burundi Photo : GBA

C'est un contrat hors norme pour un pays dont le PIB est estimé à 3,36 milliards de dollars : l'investissement en représente environ 42 %. Signé le 15 octobre 2026 à Bujumbura, le partenariat public-privé avec Weza Power est présenté par le Département d'État américain comme le plus important investissement de l'histoire du Burundi. Il crée aussi, selon ses promoteurs, la première nouvelle concession privée de distribution électrique à l'échelle nationale en Afrique depuis des décennies.

Un réseau coupé en deux

Sur vingt-cinq ans, Weza Power investira, étendra et exploitera la distribution sur environ la moitié du territoire. Le programme prévoit de construire ou moderniser 52 000 kilomètres de lignes et de raccorder plus de 1,2 million de ménages et d'entreprises. L'opérateur public REGIDESO conserve l'autre moitié du pays ainsi que le réseau national de transport.

L'objectif affiché : porter l'accès au réseau d'environ 15 % aujourd'hui à plus de 50 % d'ici 2030, avec à terme une cible gouvernementale de 70 %. Les chiffres de départ varient toutefois selon les sources : l'agence Ecofin évoque un taux d'accès global compris entre 20 % et 25,9 %, quand Washington parle de 12 %. Le projet promet par ailleurs plus de 2 000 emplois directs et plus de 30 000 emplois indirects.

Une structure financière hybride

Le cœur du montage est un financement mixte, qui associe capitaux commerciaux privés et fonds concessionnels des institutions de développement, sans ajouter à la dette publique burundaise. La liste des partenaires est longue : le programme ASCENT de la Banque mondiale, la SFI, l'agence de garantie MIGA, la Banque africaine de développement, l'agence américaine DFC, Gridworks, l'agence américaine USTDA, la coopération norvégienne NORAD et d'autres bailleurs bilatéraux et climatiques.

Chaque acteur joue un rôle distinct. La SFI a co-développé le projet avec Anzana. Gridworks, filiale de British International Investment, est actionnaire d'Anzana. MIGA apporte sa garantie contre le risque politique. En amont, la DFC avait déjà engagé 3,1 millions de dollars d'assistance technique dès 2024 pour accélérer le développement de Weza.

Le contrat prévoit enfin des obligations tarifaires et de performance, destinées à protéger les consommateurs et à garantir aux investisseurs la stabilité nécessaire sur le long terme.

Point important : la répartition précise entre fonds propres, dette commerciale, prêts concessionnels et subventions n'a pas été rendue publique. Le chiffre de 1,4 milliard de dollars correspond à un objectif de mobilisation sur la durée du programme, et non à des fonds déjà décaissés.

Anzana, un acteur déjà implanté

Le groupe n'arrive pas en terrain inconnu. Présent au Burundi depuis 2018 via Songa Energy, il a mis en service en 2025 la centrale hydroélectrique d'Upper Ruvyironza (1,65 MW) et développe un second site de 9 MW à Upper Mulembwe. Ces deux projets ont bénéficié en février 2025 d'un financement de 35 millions de dollars de la banque régionale TDB, Anzana en étant le seul actionnaire.

Premier défi : il n'y aura pas de courant sans production

C'est la limite majeure du projet. La concession porte sur la distribution : elle n'ajoute ni capacité de production ni capacité de transport. Or la puissance installée du pays plafonne autour de 183 MW, selon le ministre de l'Énergie Hassan Kibeya.

Raccorder 1,2 million de clients sans augmenter la production, c'est risquer de multiplier les foyers branchés sur un réseau qui délivre peu de courant. Le Burundi connaît déjà des délestages quotidiens, souvent de plus de deux heures.

Le pari minier en souffre aussi. Le gouvernement présente ce réseau comme un levier pour transformer localement les minéraux critiques. Mais une raffinerie de nickel à Musongati pourrait exiger à elle seule 100 à 200 MW, soit l'équivalent de toute la capacité nationale. Le projet minier, confié en mars 2026 à l'américain Lifezone Metals pour une période d'exclusivité de 14 mois, devra donc s'appuyer sur de nouvelles centrales.

Deuxième défi : électrifier les collines

Le Burundi est l'un des pays les plus densément peuplés d'Afrique, mais sa population rurale vit dispersée sur un relief de collines, loin des centres urbains. En 2023, seuls 2 % des ruraux avaient accès à l'électricité.

Tirer 52 000 kilomètres de lignes dans ce relief suppose des chantiers longs, coûteux et exposés aux intempéries. Les inondations à répétition des dernières années, qui ont dévasté une partie de Bujumbura, rappellent la vulnérabilité des infrastructures. Le calendrier initial montre déjà la difficulté : en 2024, Anzana prévoyait de raccorder 300 000 ruraux dès 2025 et 9 millions de personnes d'ici 2030 ; la cible est aujourd'hui de 8 millions.

Troisième défi : la solvabilité des abonnés et le risque de change

Un concessionnaire privé doit être payé. Or le contexte macroéconomique est tendu. La Banque africaine de développement prévoit une inflation de 30,9 % en 2026, alimentée notamment par la monétisation du déficit. Le FMI estime que les réserves de change, de seulement 214 millions de dollars, constituent l'une des plus grandes menaces pour la croissance.

Le problème est structurel : Weza percevra ses recettes en francs burundais, mais devra rembourser des financements en dollars et importer câbles, transformateurs et compteurs. Sans garanties solides contre le risque de change, le modèle pourrait se fragiliser. C'est précisément là que les garanties de MIGA et les fonds concessionnels prennent tout leur sens.

Quatrième défi : une gouvernance à deux têtes

Le pays aura désormais deux distributeurs. La coordination avec REGIDESO, qui garde le transport et l'autre moitié du réseau, sera décisive. Les antécédents incitent à la vigilance : en 2018, REGIDESO et le producteur privé Interpetrol s'étaient opposés sur des retards de paiement et des prix contestés.

Un test pour tout le continent

Le projet s'inscrit dans le compact énergétique national du Burundi au titre de Mission 300, l'initiative de la Banque mondiale et de la BAD pour raccorder 300 millions d'Africains d'ici 2030. S'il réussit, il pourrait servir de modèle aux pays qui veulent électrifier sans s'endetter. Anzana prépare d'ailleurs des approches similaires en Zambie et en RDC.

Mais le succès ne se mesurera pas au nombre de kilomètres de lignes. Il dépendra de trois conditions : une production électrique qui suive, des tarifs à la portée des ménages ruraux, et une monnaie suffisamment stable pour que l'investisseur privé reste. Sans elles, le Burundi risque d'avoir des fils sans courant.

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