Lundi 2 novembre 2026

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Mamadou Sangafowa-Coulibaly, le ministre qui branche la Côte d'Ivoire sur le soleil

En deux jours, Mamadou Sangafowa-Coulibaly a posé deux premières pierres dans le nord ivoirien : 50 MWc à Katiola, 52 MWc à Tongon. Le ministre pilote un programme qui doit injecter 1 262 MWc de solaire sur le réseau d'ici 2030. Portrait d'un homme qui veut transformer le soleil de la savane en actif national,.

Mamadou Sagafowa
Mamadou Sagafowa Photo : AIP.DR

Le fils de Korhogo qui pilote l'énergie ivoirienne 
Mamadou Sangafowa-Coulibaly est né le 10 décembre 1964 à Korhogo, chef-lieu du Poro. Tongon, où il vient de lancer une centrale, se trouve dans cette même région. Il est passé par l'Institut national supérieur de l'enseignement technique (INSET) de Yamoussoukro.
Sa première vie ministérielle se joue dans l'agriculture, à partir de février 2010. En février 2017, la France le fait Commandeur du Mérite agricole, distinction rarement attribuée à un responsable africain. Il est aussi vice-président de la Fondation pour l'adaptation de l'agriculture africaine au changement climatique (AAA). Il a par ailleurs siégé comme député de Korhogo pendant la législature 2016-2021.
En septembre 2019, il est le seul ministre à quitter le gouvernement lors du réaménagement. Le retour intervient le 20 avril 2022, dans le gouvernement Achi II, au portefeuille des Mines, du Pétrole et de l'Énergie. Il ne prend ses fonctions que le 30 mai, après avoir achevé un programme à Harvard avec l'accord du chef de l'État.
L'architecte d'un programme qui a changé d'échelle
Le cap est fixé par le chef de l'État : 45 % d'énergies renouvelables dans le mix électrique en 2030. En février 2025 à Ferkessédougou, le ministre situait la part actuelle autour de 31 %.
Sous sa conduite, l'ambition solaire a presque doublé. En avril 2024, il annonçait 678 MW de solaire pour 2030. En octobre 2026, la cible est de 1 262 MWc, répartis sur une quinzaine de centrales.
Les premiers résultats sont là. Boundiali, première centrale solaire du pays, a démarré en 2024 puis a été étendue à 80 MWc. Sokoro 2, à Ferkessédougou, est en service depuis juillet 2026 avec 52 MWc. Kong et Bondoukou ont eu leur première pierre ; Katiola et Tongon viennent de suivre. Odienné, Niakara, Dabakala, Mankono et Soubré sont annoncés.
Le compte reste sévère : 132 MWc en service, soit environ un dixième de la cible. Il reste plus de 1 100 MWc à raccorder en un peu plus de trois ans.
Le pari du privé, et du capital ivoirien
Sa doctrine tient en une phrase, répétée à Katiola comme à Tongon : les ressources nécessaires « ne peuvent être entièrement portées par le secteur public ». L'État signe des conventions ; les promoteurs conçoivent, financent, construisent et exploitent, en général pour 25 ans.
Pour attirer ces capitaux, son ministère organise depuis 2024 le Salon international des ressources extractives et énergétiques (SIREXE). La première édition a permis de mobiliser près de 4 000 milliards de FCFA de contrats d'investissement. Au lendemain du salon, le 2 décembre 2024, il signait la convention de Katiola avec Katiola Solar Power.
Tongon marque une inflexion. Le promoteur, Tongon Solaire SAS, est une société à capitaux entièrement ivoiriens, qui porte un investissement de 33 milliards de FCFA. Son président, Abdoul Soukpafolo Koné, y voit la preuve que les entreprises nationales ont leur place dans les grandes infrastructures. D'autres centrales du programme sont portées par des développeurs étrangers, comme Infinity Power à Touba et Laboa, avec l'appui de l'IFC. En ouvrant la porte à un acteur ivoirien, le ministre envoie un signal aux investisseurs du continent.
Le chantier d'abord pour les riverains
Le ministre ne se contente pas de couper des rubans. À chaque première pierre, il fixe des conditions sociales, devant les chefs traditionnels et les détenteurs des terres qu'il prend soin de remercier.
À Katiola, il a exigé que les jeunes de la localité soient servis en priorité et demandé aux investisseurs de créer de « véritables opportunités » pour les populations. À Tongon, il a réservé les quelque 500 emplois du chantier « aux filles et aux fils de M'Bengué ». Les recrutements extérieurs ne viendront qu'à défaut de compétences locales. Il a aussi demandé au promoteur d'accompagner les jeunes et les femmes, notamment les agricultrices.
L'ancien ministre de l'Agriculture parle aux paysans du Nord dans leur langage. À Katiola, il s'est présenté comme venu annoncer la centrale à ses « parents ». Le message est clair : le solaire doit aussi être une politique d'emploi rural.
Le calendrier, premier juge
Les délais restent le point faible du programme, et le ministre le sait. Lors de la signature de Katiola, en décembre 2024, il avait fixé une mise en service quinze mois plus tard, au plus tard au quatrième trimestre 2026. La première pierre n'a finalement été posée que le 22 octobre 2026.
Il assume l'héritage avec franchise : « Nous avons hérité de ce projet », a-t-il rappelé, évoquant des négociations difficiles. Le dossier remonte à un mémorandum signé en juillet 2021 par son prédécesseur, Thomas Camara, aujourd'hui maire de Katiola. Il dit avoir « bien pris note » de l'engagement des promoteurs à tenir quinze mois.
Tongon suit la même pente. La convention d'août 2025 visait une mise en service avant fin 2027. Le chantier ne démarrera qu'en 2027, pour une entrée en service au plus tard à la mi-2028, soit environ six mois de retard, sans explication publique.
Ce qu'il lui reste à prouver
Mamadou Sangafowa-Coulibaly a posé la méthode : une cible chiffrée, des conventions avec le privé, des exigences locales et une place pour le capital ivoirien. Pour Gisement, c'est la marque d'un champion : un dirigeant africain qui fait de l'énergie un levier de souveraineté économique.
Trois épreuves l'attendent d'ici 2030 :

• Le financement : que les capitaux privés qu'il juge indispensables se mobilisent réellement. Ni les tarifs d'achat de l'électricité ni le plan de financement de Katiola n'ont été rendus publics.

• Le rythme : passer de 132 MWc en service à 1 262 MWc en un peu plus de trois ans.

• Les promesses locales : elles se vérifieront au moment des recrutements à Katiola et à M'Bengué.
Le verdict tombera sur le terrain, à la mise en service de Katiola puis de Tongon, attendue au plus tard à la mi-2028.

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