Jeudi 5 novembre 2026

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Mines et minérauxEnquête

Mines : la Tanzanie appelle l'Afrique à financer elle-même son sous-sol

À Accra, le ministre tanzanien des Minerais, Anthony Mavunde, a exhorté les pays africains à financer leur secteur minier sur leurs recettes propres, de l'exploration au raffinage.Il brandit un exemple : 10 % des revenus miniers de son pays consacrés à la cartographie géologique. Le message est fort.

Photo : Daily News

L'Afrique détient une large part des ressources minérales de la planète, mais elle en finance rarement elle-même la découverte. L'exploration reste l'affaire des juniors étrangères, des bailleurs et des grands groupes. Dodoma veut inverser la logique.


L'appel d'Accra
Le 20 octobre 2026, la conférence Mining in Motion 2026 réunissait à Accra décideurs et investisseurs du secteur minier. Anthony Mavunde y a présidé une session ministérielle consacrée au financement des mines, « de l'exploration au raffinage ».
Son message tient en une phrase : les pays africains doivent financer l'exploration, la transformation et le raffinage de leurs minerais avec leurs propres recettes, plutôt qu'avec l'aide étrangère. Pour le ministre, la dépendance aux bailleurs est un frein structurel à l'industrialisation du continent.
À la même tribune, le ministre ghanéen des Terres et des Ressources naturelles, Emmanuel Armah-Kofi Buah, a plaidé pour des partenariats plus étroits. Il a pointé trois obstacles : le manque de capital, les déficits d'infrastructures et les contraintes énergétiques.
10 % des recettes pour la géologie
Pour appuyer son propos, Anthony Mavunde a cité une décision de la présidente Samia Suluhu Hassan : 10 % des recettes du secteur minier tanzanien sont affectés à l'exploration géologique détaillée. Le ministre y voit un pas important vers la fin de la dépendance aux bailleurs.
Le besoin est réel. Selon lui, seuls 16 % environ du territoire tanzanien ont fait l'objet de levés géologiques détaillés. Autrement dit, plus des quatre cinquièmes du sous-sol restent mal connus, et donc difficiles à valoriser auprès des investisseurs.
Plusieurs questions restent sans réponse publique. Sur quel texte repose cette affectation ? Quel montant représente-t-elle chaque année, et quelle part a déjà été décaissée ? Quel objectif de couverture géologique, et à quelle échéance ? Tant que ces chiffres ne sont pas publiés, la mesure relève davantage de l'engagement politique que de la preuve.


De l'exploration au raffinage, la marche la plus haute
Le ministre ne s'arrête pas à la géologie. Il plaide pour étendre ce financement domestique à la transformation et au raffinage, là où se concentre la valeur ajoutée.
Il met aussi en avant le cadre tanzanien de contenu local. Celui-ci impose aux mines de s'approvisionner davantage auprès d'entreprises nationales, pour que les dépenses d'exploitation profitent à l'économie du pays.
Mais l'écart de taille est considérable. Financer des levés géologiques coûte quelques millions de dollars. Une raffinerie ou une usine de transformation en exige des centaines, avec une énergie fiable et bon marché. C'est précisément sur ce terrain que le ministre ghanéen a rappelé les limites du continent.


Les minerais attendent encore leur banque
L'Afrique commence à se doter d'instruments financiers propres, mais pas pour les minerais. Le 31 octobre 2026, la Banque africaine de l'énergie a vu le jour à Abuja. Elle est portée par l'Organisation des producteurs de pétrole africains, qui compte 18 pays membres, et par Afreximbank.
Dotée de 5 milliards de dollars de capital autorisé et dirigée par Helmy Ghazi, elle couvre toute la chaîne pétrolière et gazière, de l'exploration à la distribution. Les minerais solides n'entrent pas dans son mandat.
Pendant ce temps, les capitaux extérieurs continuent d'occuper le terrain. Le fonds Appian aurait ainsi déployé environ 70 % d'un engagement initial de 100 millions de dollars de la Société financière internationale, filiale de la Banque mondiale. Parmi ses cibles figurent Asante Gold au Ghana et Omico Copper en Namibie.


Des recettes qui fuient
Financer ses mines sur ses recettes suppose d'abord de les encaisser. Or une partie échappe aux États. Selon l'ONG Global Initiative Against Transnational Organized Crime, environ 405 tonnes d'or africain exportées vers les Émirats arabes unis en 2022, soit 66,5 % du total, proviendraient de la contrebande.
Le Cameroun en offre une illustration saisissante. Selon sa société nationale des mines, Dubaï aurait reçu 44 tonnes d'or camerounais entre 2021 et 2025, contre 148 kilos d'exportations déclarées. Le manque à gagner pour l'État avoisinerait 2 000 milliards de francs CFA.
La question se pose aussi pour les participations publiques dans les projets miniers. Selon le cabinet Development Reimagined, la Tanzanie détiendrait au moins 16 % de participation gratuite et percevrait 3 % de redevance dans le projet de terres rares de Peak Rare Earths. Mais sur 32 projets africains soutenus par des capitaux chinois, aucune clause de transfert de technologie n'aurait été rendue publique.


Ce que Dodoma devra prouver
Le plaidoyer d'Anthony Mavunde nous fait comprendre, qu' un pays qui ne connaît pas son sous-sol négocie en position de faiblesse, et celui qui le fait cartographier par d'autres leur cède l'avantage de l'information.
Pour convaincre au-delà des tribunes, la Tanzanie devra toutefois rendre son modèle vérifiable :

• publier le texte et les montants de l'affectation des 10 % ;

• montrer les levés géologiques effectivement réalisés grâce à ces fonds ;

• préciser ce que rapportent réellement ses participations dans les projets miniers ;

• associer ses propres institutions financières au financement de la transformation.
L'Afrique a désormais une banque pour son pétrole et son gaz. Pour ses minerais, elle n'a encore qu'un discours. Le passer à l'épreuve des chiffres sera le vrai test de l'appel d'Accra.

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